jeudi 2 avril 2009

Dans l'espoir que ces notes de lecture puissent rencontrer auprès de vous un écho positif

Monsieur,

Après un examen attentif de votre candidature, je suis au regret de vous informer que votre projet intitulé "YOU WERE GOOD IN YOUR TIME" n'a pas été retenu par la commission de présélection du Concours de Scénarios du Département de l'Eure.
Je tiens néanmoins à vous préciser que sur 146 dossiers admissibles, seulement 34 ont été sélectionnés.

Dans la perspective de vous inciter à un travail personnel de réécriture, les lecteurs ont souhaité vous apporter quelques précisions et vous soumettre leurs arguments :

Difficile de susciter l'attention et l'intérêt de lecteurs avec un personnage aussi lisse, sur qui tout et tous semblent glisser. La passivité de la protagoniste ne provoque qu'indifférence et ennui. On ne saisit pas ce qui la motive réellement ou même ce qui la rend aussi peu vivante. La volonté d'inscrire ce récit dans un quotidien des plus banals n'arrange rien. Par ailleurs, le seul événement du scénario semble plaqué là, survenant comme un Deus ex machina bien pratique pour faire bouger la protagoniste. Mais il ne suffit pas de faire déménager ce personnage pour donner l'impression qu'il évolue enfin...

Dans l'espoir que ces notes de lecture puissent rencontrer auprès de vous un écho positif, je vous prie de recevoir nos salutations les plus cordiales.


Le Moulin d'Andé.

P.S. Indications bibliographiques :
- Le Scénario de Anne Huet, Ed. Cahiers du Cinéma, 2005.

- Ecrire un scénario de Michel Chion, Ed. Cahiers du Cinéma, 1995 (édition épuisée, ouvrage à consulter en bibliothèque).

dimanche 15 mars 2009

vendredi 27 février 2009

"Dans une carrière, un homme nu et une femme qui fume attendent l'apocalypse"



Il y a en France un type qui fait des films aussi bricolés qu'ambitieux, ne me convainc pas toujours (mais ne m'indiffère jamais), tourne en super 8, s'attaque à Bataille, donne des rôles à Mathieu Amalric et Pierre Richard, soigne son cadre, est sensible aux corps comme aux climats, écrit de la poésie et tourne des courts métrages dont le synopsis peut être, entre autres exemples : "Dans une carrière, un homme nu et une femme qui fume attendent l'apocalypse", ou (mon préféré) : "En Tchécoslovaquie, à la veille de la chute du mur de Berlin, un jeune français tombe amoureux d'une pute quinquagénaire rencontrée dans un hôtel. Poursuivi par le souteneur de celle-ci, il finira sur le ventre d'une jeune prostituée et abandonnera la première dans un ancien port de marchandises d'où les bateaux ne partent plus".

décors de LA COLLINE ; Canal Saint-Martin, passages avoisinants


mercredi 25 février 2009

trajet du personnage principal de LA COLLINE


Agrandir le plan

LA COLLINE est une histoire de trajets - plutôt, l'histoire d'un trajet (cf. carte), articulé autour du Canal Saint-Martin, et sur laquelle viennent se greffer d'autres parcours : le premier, situé dans un autre arrondissement de Paris, et dont le récit sera assumé par le personnage principal ; le second, traité en plusieurs flash-backs, dans la campagne normande.
D'où l'ambition de rendre compte, le plus précisément possible, de la topographie des lieux - architecture, commerces, etc.

jeudi 19 février 2009

petite fierté intermédiaire

Ecrire un court métrage en six jours, avec contraintes, synopsis et note d'intention : pari presque gagné (je n'en ai pas fini avec mon "intention").
Je poste cette note comme je collerais un post-it sur le frigo. Le chemin étant long jusqu'au produit fini, il faut se trouver de petites fiertés intermédiaires.

samedi 24 janvier 2009

le cinéma est un art coûteux, procédurier, mais ne cherchons pas trop d'excuses

En attendant de lancer l'une des ces étonnantes machines qui, lorsqu'elles fonctionnent, consistent à turbiner un maximum d'emmerdes (calendriers, budgets, autorisations, problèmes et pesanteurs techniques) pour produire une petite et compacte quantité de beauté (autant dire : UN FILM), j'ai pensé écrire une chose brève, la tourner dans la foulée.
Une caméra, une idée directrice (deux ou trois situations, quelques lignes de dialogue), un décor, quelques acteurs... A vrai dire, je pourrais me contenter de filmer la journée ou le visage d'une fille.

D'où l'enthousiasme éprouvé à l'idée (proposée par un ami et collègue) de "faire un film par mois."

Le cinéma est un art coûteux, compliqué, procédurier, frustrant. Certes, mais quand cessons-nous d'en parler comme d'une réalité pour nous en faire un alibi ?

lundi 8 décembre 2008

Sainte-Marthe

Ultime étape du parcours de mon personnage principal, la rue Sainte-Marthe n'est pas la rue de Rivoli, ni la rue Oberkampf. Tant mieux.




lundi 17 novembre 2008

avoir (un peu et parmi d'autres) Resnais à l'esprit



J'aurai sans doute bien du mal à convaincre qui que ce soit de la dimension politique de La Colline, tant il est tentant de ne voir dans les films (courts ou longs) que l'enflure (d'autres diront le développement) d'un synopsis (d'autres diront le pitch), autant dire, le plus souvent, une blague carambar péniblement étirée (l'avantage du caramel) jusqu'à une chute censée en justifier le récit, ou la pauvre et plate illustration d'une histoire sans enjeu ni point de vue, mise en scène comme un téléfilm du dimanche après-midi. Des oeuvres qui m'évoquent, dans l'écriture comme dans la mise en scène, les nouveaux formats de publi-fictions que, dans les salles de cinéma, l'on intercale maintenant entre deux bande-annonces.
Une comédie sur l'amour aujourd'hui ! Les galères sentimentales d'une bande de trentenaires parisiens ! Ben, le célibataire endurci... Clara, qui rêve du grand amour... Séb, qui hésite à s'engager avec Anna... Et, à les voir se débattre entre leurs 3 pièces Pier Import et sans poussière de cadres sup' et les rues populaires (mais proprettes, récurées jusqu'au moindre caniveau) du onzième arrondissement, moins réacs, dans le fond, que désespérants de mollesse, j'ai comme envie de m'énerver...

Le fait est que je viens tout juste de voir La Guerre Est Finie, qui confirme tout le bien que, depuis Je T'Aime Je T'Aime (et jusqu'au récent et sous-estimé Coeurs), je pensais d'Alain Resnais. Dire une chose, mais ne pas de se contenter de cette chose-là (ni même de la dire, d'ailleurs : la problématiser) ; avoir un propos, une trame (scénario précis, brillant de Jorge Semprun), mais ne pas en être l'esclave, et ne pas lui sacrifier la forme (je pense aux scènes d'amour - la première avec Geneviève Bujold, la seconde avec Ingrid Thulin ; à la façon dont Resnais rend compte de la confusion s'installant dans l'esprit nécessairement précis du personnage de Montand - qui interprète un militant anti-franquiste, troquant une identité pour une autre, jonglant avec les informations, les mots de passe et points de rencontre).

Je ne vais pas en revendiquer l'influence ; disons que j'aimerais l'avoir à l'esprit.

PS : je viens aussi de voir - j'en parlerai plus tard et sur un autre blog, à l'occasion de mon top 10 2008 - Quatre Nuits Avec Anna - le premier Skolimowski en dix-sept ans - et Two Lovers, le nouveau Gray.

jeudi 30 octobre 2008

L'histoire d'un type sacrément drôle.


(...)


"Probablement est-il trop sombre, ne s'intéresse-t-il pas suffisamment au quotidien pour tenir une relation sur la longueur. La réalité ne suffit pas ; il lui faut le renfort de la fiction – du fantasme –, qu'il s'administre de façon mécanique, comme traitement à son mal chronique : une forme de dépression.

Je ne porte aucun jugement moral sur la « légèreté » de ce personnage ; son profil m'intéresse – le fait de filmer un personnage qui ne parvient pas à fixer son attention, ses sentiments sur les choses, et dont la « lâcheté » (je ne donne pas à ce terme un sens péjoratif) est le fil conducteur, le moteur – pour ne pas dire la dérive – du récit.

Plus précisément, "La Colline" est l'histoire d'un homme égaré dans ses fictions – qui n'y adhère que par instants – ; étranger dans son propre couple, dans sa ville, comme dans les lieux de son enfance.
Il aime croire qu'il se plaît avec une fille, s'abandonne avec elle à un quotidien, à une sorte de petite liturgie, mais sur le long terme cela ne tient pas. Ce qu'il a laissé derrière lui l'indiffère. Ce qu'il a sous les yeux, le temps présent l'intéressent peu, sauf à les délayer dans la fiction. On peut dire de ce personnage que, comme le reste, l'enthousiasme lui passe.

(...)

L. est prisonnier d'un schéma. Les décors se substituent les uns aux autres, mais rien profondément ne change. Il n'est en aucun cas cynique. Il n'est simplement pas dans l'instant présent ; hanté par les présences passées, les souvenirs, il pressent également – et par là-même précipite – l'échec à venir. Au mieux, il se projette dans le fantasme d'une prochaine relation.

Il est habité par des récits, des fantasmes. Il trouve une impulsion, un peu de vérité dans le début d'une relation ; la suite consiste à composer avec son déclin – se le masquer à soi-même autant que le maquiller à l'autre. La rupture et la rencontre – qui, dans le cas présent, coïncident – sont deux moments forts entre lesquels il tente de maintenir un semblant de tension ; mais il peine à percevoir les enjeux de la relation en elle-même, et échoue à s'y investir.

Il n'y échappe – brièvement – que dans l'impulsion de la destruction, de la rupture."

(...)

(extraits de la note d'intention)